De l'aube à l'aurore - Voie sans issue - Folle rotative

Un monde à refaire

Grand échangeur
Grand échangeur



Folle rotative


Liste des poèmes

Gloire éphémère
Bruxelles
Corps malade
Citadelle
Ville
Sans cesse préoccupés
Ces hommes
Monsieur Monsieur
Jeune de Belgique
Le népioctante
Les roues de char en or
Athéna
Sortilèges contemporains

Filet ariettes


Gloire éphémère de nos cités !

La terre se compte en millénaires,
L’espace s’estime en années-lumière.

Quel sens alors pour tant de solennités ?
Ridicule aveu de notre petitesse !

Nos empires durent moins qu'un trait lumineux,
Ils sont plus ténus que l’atome le plus petit.

Nous voici sans orgueil, nous voici déplacés,
Éphémères et petits, faibles et incapables,
Contingentés, misérables, nous-mêmes enfin !

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Filet ariettes


Sans ton canal, Bruxelles,
Tu serais déjà morte.
Quel vent ensorcelle
Cette ombre qui t'emporte ?

L'être humain est passé
Par des choix sans valeur,
Ta ville est effacée
Par cent ans de malheur.

Le soleil m'a guidé,
Quittant ton cri de mort.
Il peut encor t'aider,
Car il te reste un port.

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Filet ariettes


La ville est
Un grand corps malade
Plein de cartes à jouer
Qui se disputent le ciel,
Plein de fenêtres carrées
Mortes comme des trous,
Plein de droites et d’arêtes
Froides comme des clous,
Plein de vide et de néant.

La ville est l'ombre égarée
D'un robot triste et sourd.

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Filet ariettes


Citadelle d’argent,
Pourquoi battre de l'aile ?
Sur le roc où tu te dresses,
Ton destin est déjà scellé.

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Filet ariettes


Ville tourmentée
Des vents de l'éternité,
Ville qui a perdu
Son point d'arrivée.

Ville qui va souffrir
Dans la nuit oubliée,
Ville qui veut ignorer
Qu'elle va disparaître.

Ville, tu vas mourir
Et tu n'en sais rien encore.
Ville, tu vas périr
Et tu ne veux pas le savoir.

Ville, coule et fuis
Et pense à ta ruine prochaine.
Ville, je t'aime quand même
Et j'ai envie de pleurer.

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Filet ariettes


Il faut voir les hommes
Sans cesse préoccupés,
Indifférents à l'espoir,
Oublieux de l'amour.

Ils n'arrêtent pas de passer
Sur les carreaux inégaux des jours
Sans voir l'essentiel,
Sans regarder le ciel
Ne fût-ce qu'une fois.

Orphelins d'eux-mêmes,
Perdus sans le savoir,
Zombies, levez la tête !
L'homme n'est grand que s'il devient.

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Filet ariettes


Ces hommes que j'aime tant,
Les voilà dispersés, abrutis, civilisés !
Les voilà devenus économie de marché !
Pauvres victimes !
Je ne peux même pas les mépriser
Ni leur en vouloir.

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Filet ariettes


– Le président rate une marche : quel mauvais président !
– Le ministre crève un pneu : quel incapable !
– Le philosophe vit dans la pauvreté : quelle nullité !

Ainsi Monsieur Monsieur juge tout,
Ainsi Monsieur Monsieur sait tout,
Du bouton de col décousu à la cravate démodée,
Sauf ceci :
Pendant qu'il rase les mottes de terre
À la recherche de la boue,
Tout lui passe par dessus la tête
Et tout lui échappe des mains.

– Monsieur Monsieur, Monsieur Monsieur, êtes-vous là ?
– Bien sûr, voyons ! Je suis toujours là.

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Filet ariettes


Tu crois voir le monde,
Jeune de Belgique,
Marche alors et fonde
Ta folle Amérique.

N'écoute pas l'âme
Qui pleure et a faim
Toi qui te proclames
Notre lendemain.

Tu crois voir le monde,
Tu crois être la vie,
Va-t'en et féconde
Des germes d'envie.

Tu crois voir le monde,
Tu veux devenir.
Va danser ta ronde
D'un sombre avenir !

Ne m'écoute pas,
Fais tes propres pas,
Non, n'écoute pas,
Ne m'écoute pas !


Il faut trop d'efforts
Pour partir là-bas
Où règne la mort.
Ne t'égare pas !

Si un enfant souffre,
Ce n'est pas à toi
De franchir un gouffre
Pour chanter la joie.

Fais tes propres pas
Et sois empressé !
Car vient le trépas
Pour les délaissés.


Glacis de visages glacés
Coupés des vraies valeurs,
Hypocrisie, indifférence,
Voilà vos pas !

Faites vos propres pas !
La rive est proche – le saviez-vous ? –
Où vous disparaîtrez pour toujours.

Faites vos propres pas !
Mon dégoût envers vous n'a d'égale
Que les misères que vous refusez.

Faites vos propres pas !
Vous aussi, l'ombre de la mort vous couvre déjà.
Que dites-vous de la mort ?

Non, ne m'écoutez pas,
Faites vos propres pas !
Cela vous coûtera assez cher déjà !


Nous parlons sans cesse de cieux,
De grands vents, de fraternité.
Je hais ces grands mots sentencieux,
Car j'aime trop la vérité.

Si la vérité vous fait peur,
Alors bouchez-vous les oreilles
Et permettez que j'appareille
Vers mes espoirs et mon bonheur.

Je veux voguer vers l'horizon
De mers claires et courageuses
Luttant contre la déraison.

Je veux m'éclairer d’un tison
Loin de vos opinions peureuses
Pour refonder notre maison.

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Filet ariettes


Comment vous le dire ?
Je voudrais que vous cessiez de me juger,
Que vous cessiez de m'injurier,
De me traiter comme un monstre,
De me rejeter du monde.

Car je sais une chose que vous ignorez
Ou que vous faites mine de ne pas savoir,
C'est qu'Emmanuel, lui, ne me juge pas !
En lui, mon espoir !
En vous, ma douleur et mes pleurs !


Vous allez même plus loin,
Vous venez me tourmenter,
Vous crachez sur mon seuil,
Vous me haïssez, moi si jeune.
En vain demanderais-je pardon.

Emmanuel ne me déteste pas
Et moi je ne déteste personne.
Je n'ai rien contre vous,
Mais vous, vous êtes tous contre moi !

Vous pouvez me traiter d'hypocrite,
Prétendre que je veux me blanchir.
Mais quand ai-je menti ?
Qu'ai-je dit de faux ?

Pourquoi me haïr,
Moi qui ne vous hais pas,
Moi qu'Emmanuel ne hait pas ?

Je voudrais être avec toi, petit Emmanuel
Loin des policiers, des juges et des gardiens,
Prendre mon envol et fuir vers les étoiles,
Ne plus être le réprouvé !


Oui,
Je suis coupable et je le sais bien.
Faites de moi ce que vous voudrez !
Mais ne me condamnez pas trop vite !
Car si je suis coupable, vous l'êtes aussi !

Et vous le savez bien !
Examinez vos consciences,
Vous qui courez à la chasse au profit
Pendant que des enfants meurent de faim !
Laquelle est la plus terrible,
L'agonie d'Emmanuel ou celle des affamés ?

Je ne juge pas,
Mais examinez vos consciences
Avant de me haïr !


Et après tout je m'en fiche,
Vous pouvez bien me tuer,
Vous devriez même me décapiter
Malgré mon jeune âge.

Je crois que je vais pleurer,
Jeune, persécuté, haï et condamné.
À quoi servirait-il me plaindre ?
Comment me défendre ?

Les media se déchaînent contre moi,
Ils disent qu'il faut m’enfermer à vie.
Je préférerais encore brûler à petit feu.

Emmanuel est mort, que je meure aussi !
Plus il y aura de morts, mieux les censeurs se porteront !
Emmanuel est mort, je voudrais l'accompagner
Loin de votre haine,
Pour pouvoir, avec lui,
Savourer la paix et la tendresse.

Laissez-moi tranquille !
Que vous ai-je fait ?
Pourquoi me harceler encore et toujours ?
Vous ne cesserez donc jamais !

Pour honorer la mémoire d'un martyr,
Des milliers de bourreaux se pressent au portillon.


Martyr, je souffrirai plus
Que ceux qui meurent de faim,
Que ceux que vous faites mourir de faim.
Martyr, je souffrirai plus
Que les innocents massacrés.
Mais qu'importe maintenant
Puisque Emmanuel est mort ?

Qu'avez-vous à regarder la poutre qui est dans mon œil ?
Regardez plutôt la paille qui est dans le vôtre !

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Filet ariettes


Folie des cieux qui cerclent
En couleurs diverses
Les joies et les cris
Des roues de char en or.

Folie des voitures qui traversent
En croix de rencontres
Les piétons et les trottoirs
Des roues de char en or.

Folie des immeubles qui transpercent
En blocs de marbres noirs
Les avions et les nuées
Des roues de char en or.

Folie des films qui déversent
En vitraux vivants
Les images et les formes
Des roues de char en or.

Folie des hommes qui conversent
En fanfreluches diverses
Les progrès et les techniques
Des roues de char en or.

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Filet ariettes


Le soleil, le matin sont des soirs,
La lueur se croise et se rencontre,
Les bus s'élancent sur les trottoirs,
L'aiguillage tourne comme une montre.

La peinture virevolte, noire,
Et la peur enveloppe les rampes,
Les drapeaux se glissent sur des hampes
Et l'angoisse envahit cette foire.

L'être humain fuit, rempli de terreur,
Le bâtiment croule et la statue
S'élève en un cri de bête nue.
La statue d'Athéna est d'horreur !

Elle écrase d'éclairs la ruine
Et l'homme transpire d'angoisse ;
Les éclairs tonitruent dans l'espace
Et Athéna s'arrête en la bruine.

Le soleil, le matin sont des soirs,
La lueur se croise et se rencontre,
Les bus s'élancent sur les trottoirs,
L'aiguillage tourne comme une montre.

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Filet ariettes


Il neige en été, il brûle en hiver,
Le monde s'édifie comme un château de sable,
Goutte brune à goutte noire tombant sans cesse
Sur l'agiotage spéculatif des bulles financières qui,
Éprises de lueurs techniques, se bâtissent comme Athéna
En croisements de voitures pliées en accordéons
Brisés d'express verticaux en rames immenses
Dans des dévers horizontaux d'incroyable vitesse
En temps perdus d'éclatements d'écrans d'ipodipads
Et foules bigarrées qui se perdent en films à chips,
Actualités : ennuyeux saluts au politiquement correct
Et cri de jungle léché qui distribue les morts et les blessés
Dans des archipels de cataclysmes et d'explosions
En fouillis de terres et de mers secoués de furies,
Arctique, Pacifique, Atlantique, Indien, Antarctique.
Programmes mondiaux, conférences au sommet
En stériles discussions toujours remises à demain.

Folie des rues qui cerclent les autos de couleurs
En vitesses diverses et en folles horreurs !
Les trottoirs s'engoncent de carrés de passants
Piétinant les rectangles cassés des pavés d'Athéna.
Tourne l'aiguillage près de la gare, le monde fou insaisi
En rames folles de noires lignes brillantes à l'infini,
Fouillis croisés de fils impossiblement tressés,
De mains malhabiles à s'y perdre en mikado,
Trains à trois cents à l'heure effaçant le paysage,
Électriques lueurs traversées de frénétiques noirceurs
Instituées, brutalement interrompues par le grondement
De grands blocs sombres coupant ces lignes en écrasements.

Et maintenant fini le tourniquet !
Les portes tournantes nous ont trop saoulés !
On va faire sauter la baraque à coups de dynamite,
On va proclamer l'autodafé des vrombissements,
Des croucroutements, des sissillements, des houloulements,
Des grincements, des ricanements, des grondements,
Des froufroutements, des cliquètements, des attaquements,
Des battements, des craquements, des ronronnements,
Des autos en éclatements de couleur et de sang.

Et maintenant fini le tourniquet !
La danse a trop duré, le sodium a trop tourné !
Les ronds-points prennent le contre-pied et vont à contresens,
Les voitures foncent en marche arrière malgré les conducteurs,
Envahissant les trottoirs et les maisons, chassant les piétons.
La foire a trop tourné, elle s'est déboulonnée,
La force centrifuge décroche les chevaux du carrousel
Et vide le néant de toute réalité en foules et soufflements.

La polaire – l'étoile n'est-ce pas – envahit l'Antarctique
En éclats juvéniles de rondes frénétiques.
Les gens font des rondes autour des guichets
Au son des tam-tams. Youh ! Youh ! En cri sauvage,
Les ronds-points et les avenues entrent dans les transes
Des danses les plus folles de notre temps.

On ne sait pas pourquoi
Le directeur de la banque lance l'argent dans les rues,
La police kidnappe les ministres et les parlementaires,
Les voitures brisent toutes les vitrines de la rue Haute,
Les passants incendient la rue Neuve et le Sablon,
L'armée mitraille à travers la Place Royale,
Les chars et les paras envahissent les Marolles.
L'urbaniste à la tête couverte de laurier, qui a construit
Des boîtes d'allumettes, de cigarettes et des briquets géants,
Contemple d'un œil ravi les ruines.
Le pentagone s'étoile de lueurs bruxelloises,
Les chaussées tournent de quarante-huit degrés vingt-deux minutes,
Les cabarets se mettent à l'envers et leurs tables sur les murs,
Le Palais de justice tourne comme une hélice,
La Grand-place s'effondre comme un château de cartes,
Le Botanique se couvre de fleurs carnivores,
L'avenue Louise se transforme en jungle équatoriale.

On ne sait pas pourquoi
L'avenue Royale se roule dans son bitume comme un serpent de mer,
Le Palais Royal se métamorphose en monstre antédiluvien,
Les tunnels volent dans les airs et les viaducs s'enfoncent dans la terre,
Les hommes d'affaires jouent aux singes sur les colonnes de la Bourse.

Stop !
Fépaci fépaça ! Les censeurs insensés sévissent sans cesse.
Au journal télévisé, un psychologue distingué vient tout expliquer.
De l'ethnométhodologie à la paraéconomicosophrotautologie il n'oublie rien.
Malheureusement pour lui, les désastres continuent.

Le journal télévisé se déchire en deux, un bateau et un avion d'origami.
Tous les deux prennent feu et le présentateur proclame le jour Day.
Seuls les sports ne changent pas, emmitouflés de drapeaux nationalistes
Et expliquant pourquoi on a gagné quand on a perdu et vice versa.

On ne sait pas pourquoi
Tant de gens trouvent la mort sur les autoroutes,
Tant de gens s'entassent en chairs cuites sur les plages,
Tant de gens détruisent par milliers les espèces vivantes,
Tant de gens polluent, stressent et crèvent d'obésité.
Vive l'économie et meurent les êtres humains !

Produisez des voitures et mutilez des enfants !
Produisez des pauvres et provoquez des émeutes !
Produisez des salariés et stressez-les jusqu'au suicide !
Produisez des maisons et ruinez les gens et les banques !
Produisez des vacances et patientez dans les bouchons !
Produisez des armes et encouragez les conflits !
Produisez des drogues et organisez le mal-vivre !
Produisez du sexe et organisez la traite des êtres humains !
Produisez de la finance et promouvez la stérile spéculation !

Stop !
Pourquoi tant d'agressivité ?
Au journal télévisé, un sociologue distingué vient tout expliquer.
De la paramotrovasosomatique à la neuropsychotattographie il n'oublie rien.
Malheureusement pour lui, un autre sociologue s'introduit dans le studio,
L'agressivité détruit les deux sociologues et les désastres continuent.

Les rues font le gros dos malgré les marques blanches et le bitume,
Les forces de l'ordre échouent à les abattre à coups de matraque,
Les maisons font le pont – oui, tout comme les travailleurs –
Et les bombes lacrymogènes n'en ont pas raison,
Il y a surtout l'excité, là, qui danse une valse à mille temps
Et l'autre, la folle, qui brise les ponts du canal.

Alors les gens commencent à en avoir marre
Au cinquantième neuropsychotattographe différent,
Ils s'éveillent enfin et disent qu'on se fout d'eux.
Et ils quittent la ville et la finance, les biens et les services,
Et ils prennent une route moins sombre, plus simple et plus frugale,
Espérant se guider, eux et leurs enfants, vers la lumière.

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